Étienne Rouillon est le réalisateur du documentaire Pirat@ge, diffusé le 15 avril à 22 h 20 sur France 4.

Les régles des hackers : l'accès libre à l'information, le droit de s'approprier pleinement les logiciels achetés et le partage de l'innovation. DR Raphael Duroy
Pourquoi avoir choisi d’aborder le thème du piratage ?
Étienne Rouillon : J’avais déjà fait une enquête sur les personnes qui traduisent les séries américaines sans en avoir les droits. J’étais étonné de l’utilisation du mot piratage pour cette pratique. Avec Silvain Bergère, nous nous sommes donc intéressés à ce qui se cache derrière cette appellation. Dans les pays anglo-saxons, il n’y a pas de mot valise qui regroupe le hacking et la contrefaçon numérique par exemple.
Quelle serait votre définition du hacking ?
Étienne Rouillon : Il existe beaucoup de définitions qui sont d’ailleurs données dans le documentaire. Je traduirais le mot hacking par 2 notions : le bidouillage et la revendication du droit au bidouillage. C’est le dénominateur commun à toutes les personnes que j’ai rencontrées pour faire ce film.
Êtes-vous vous même un As du bidouillage ?
Étienne Rouillon : J’avais 14 ans quand j’ai touché à mon premier ordinateur et à l’époque il était compliqué d’utiliser une telle machine, de faire fonctionner un pilote ou tout simplement de faire marcher une imprimante. J’ai donc commencé à bidouiller pour comprendre comment fonctionnait un ordinateur. En 1999, télécharger de la musique sur Napster était assez compliqué. Il arrivait souvent de ne pas tomber sur la bonne chanson. Aujourd’hui tout fonctionne. Il n’y a pas de complication à utiliser iTunes par exemple.
Peut-on dire que sans les hackers, internet, Apple, Facebook et Wikileaks n’auraient jamais vu le jour ?
Étienne Rouillon : Peut-être pas. Mais sans les hackers, la transformation du net comme une super télévision ne serait pas une menace aujourd’hui. Ce serait une réalité. L’intérêt majeur des industriels est de contrôler l’environnement du net. Les hackers ont un contre-pouvoir face à cette idée de contrôle. Je ne sais pas si ces exemples peuvent convaincre les plus réfractaires aux hackers. On peut toutefois expliquer au grand public que leur capacité à comprendre les nouvelles technologies est en grande part héritée des combats des hackers.
Votre documentaire montre une éthique du hacker…
Étienne Rouillon : C’est une notion posée par Steven Levy, le premier journaliste à avoir traité le hacking comme une démarche pertinente. Il en ressort un certain code du hacker avec comme règles importantes : l’accès libre à l’information, le droit de s’approprier pleinement les logiciels achetés et le partage de l’innovation.
Y a-t-il une similitude entre les rois du hacking et la personne qui télécharge illégalement dans son coin ?
Étienne Rouillon : La personne qui télécharge de la musique chez lui de manière illégale peut prétendre à faire évoluer le système. En tant que réalisateur, je sais qu’il faut réglementer et protéger la publication sur internet. Mais d’une certaine manière, télécharger illégalement est un moyen de mettre la pression sur ces industries pour qu’elles développent des alternatives légales…
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