Jean-Noël Darde est universitaire à Paris 8 et auteur du site Archéologie du « copier-coller ».

J-N. Darde : "Sans être fréquentes, les thèses-plagiats sont loin d’être exceptionnelles." DR I. Santi
Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au plagiat ?
Jean-Noël Darde : J’ai été confronté au problème du plagiat et me suis rendu compte de son ampleur en 2005. Les deux mémoires que j’avais à lire comme rapporteur d’un jury de soutenance étaient des patchworks de copier-coller issus d’internet. Aujourd’hui, je ne « traque » pas plus le plagiat qu’hier ; ce sont des collègues qui me soumettent des cas auxquels ils ont eux-mêmes été confrontés.
Quelle serait votre définition du plagiat ?
Jean-Noël Darde : Le plagiat ne se limite pas au copier-coller. En simplifiant, on peut dire qu’il y a plagiat quand il y a volonté de faire croire à ses lecteurs que l’on a soi-même rédigé des textes que l’on a volés à d’autres. Comme l’a écrit un de mes étudiants en plagiant un texte sur le plagiat : « plagier est non seulement un acte malhonnête, mais aussi une infraction qui peut entraîner des sanctions… »
Le plagiat est-il répandu dans les universités françaises ?
Jean-Noël Darde : En 2005 j’avais revu une trentaine de mémoires du même diplôme soutenus les années précédentes. Plus du tiers de ces mémoires n’auraient jamais dû être validés à cause des plagiats qu’ils contenaient !Dans l’Université française, sans être fréquentes, les thèses-plagiats sont loin d’être exceptionnelles, de même que les plagiats « rédigés » par des universitaires.
Internet est-il responsable de cette pratique ?
Jean-Noël Darde : Internet favorise le plagiat. Il donne en effet accès à une infinité de textes et permet le copier-coller. Mais il ne faut surtout pas croire que le plagiat universitaire est né avec internet. Dans la majorité des cas que j’ai traité, le plagiat se faisait à partir de textes imprimés.
Comment repérez-vous un plagiat ?
Jean-Noël Darde : Il n’y a pas de secret. Les ruptures de style, les changements de niveau de langue, sont parmi les indices qui conduisent à faire l’hypothèse que les deux textes n’ont pas été écrits par le même auteur. Un assemblage de copier-coller fait rarement un texte cohérent. Pour aller au-delà du soupçon et prouver le plagiat, il faut trouver le texte source.
Que pensez-vous des logiciels antiplagiat ?
Jean-Noël Darde : Je connais bien Compilatio et Turnitin et ce sont d’excellents outils. C’est l’usage qu’on en fait qui est souvent discutable. Ces logiciels n’aident à repérer qu’une petite partie des plagiats : le copier-coller issu d’internet. Ils ne peuvent pas reconnaître le plagiat de textes imprimés non numérisés, ni la paraphrase, ni les plagiats issus d’une traduction. L’usage systématique de ces logiciels pose aussi des problèmes déontologiques que les universités se refusent à prendre en considération, si heureuses d’avoir trouver le remède miracle au plagiat.
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