Interview d’expert : la sociologie des réseaux sociaux

Article publié sur Tous Les Clics le 05 avril 2011
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Pierre Mercklé est l’auteur du livre « Sociologie des réseaux sociaux », publié chez La Découverte. Il est également maître de conférence à l’ENS de Lyon.

Pour Pierre Mercklé, le travail d'accumulation d'un capital social existe depuis très longtemps. DR

Pour Pierre Mercklé, le travail d'accumulation d'un capital social existe depuis très longtemps. DR : LM

Comment définir un réseau social ?
Pierre Mercklé : Il existe plusieurs définitions. La plus simple permet de considérer qu’un réseau social n’est pas uniquement un ensemble de personnes. Le mot réseau insiste bien sur les relations qu’il y a entre ces personnes. Étudier un réseau social, c’est étudier les personnes qui le composent, les relations qu’il y a entre elles et la structure que forment ces relations.

Depuis presque 10 ans, le nombre de réseaux sociaux sur internet augmente. Quelles en sont les conséquences ?
Pierre Mercklé : L’arrivée des réseaux sociaux dans l’univers d’internet se réalise en 2003-2004. C’est ce qu’on appelle le web 2.0. On constate à cette période la naissance de nombreux outils de service de réseaux sociaux. Avant cette date, il existait déjà un outil moderne de communication : le mail. On ne peut donc pas parler de révolution. Il y a des innovations technologiques indéniables, mais d’un point de vue sociologique on ne peut pas affirmer que cela ai tout changé.

Les Français ont-ils un plus grand besoin de communiquer ?
Pierre Mercklé : Il n’y a pas un besoin nouveau de communiquer avec l’autre. En réalité, le travail d’accumulation d’un capital social existe depuis très longtemps. Par le passé, ce réseau social s’entretenait différemment. Avant Facebook, il y avait le mail, avant le mail, il y avait le téléphone… À l’époque on a raconté tout ce que l’on dit aujourd’hui à propos de Facebook. De Gaulle disait du téléphone que c’était un gadget pour ménagère. On a entendu la même chose pour internet. J’ai une vision ni révolutionnaire ni catastrophique à propos des innovations. Je pense que le web n’est ni « bon » ni « mauvais » en soi. Ce sont ses usages qu’il faut juger, de la même façon qu’il y des bons et des mauvais usages du marteau ou de la hache…

La qualité des relations sur le net est-elle moins forte que dans la vie réelle ?
Pierre Mercklé : La qualité d’une relation s’examine par différents critères : l’intensité, la fréquence, la quantité… On peut penser que Facebook, à lui seul, dégrade la qualité communicationnelle. Mais je pense qu’il faut étudier la relation interpersonnelle dans son ensemble. Beaucoup d’études montrent, en France et à l’étranger, que les relations électroniques ne viennent pas se substituer aux relations en face à face. On téléphone très largement aux gens que l’on voit en vrai. C’est le coefficient démultiplicateur des relations en face à face. Pour Facebook, il existe des relations superficielles avec des gens que l’on ne connait pas bien, mais aussi des relations plus fréquentes, plus intimes avec des gens que l’on voit dans la vie.

Pourquoi dire qu’internet renforce les liens faibles ?
Pierre Mercklé : On peut très bien classer les liens que l’on a avec les gens en fonction de leur force. La force ou la faiblesse d’une relation est fonction de sa fréquence, de son intensité, de son intimité… Il est indéniable que les outils de réseaux sociaux ont été des outils au service des liens faibles. On voit bien comment les mails ont décontracté les relations. Les contacts sont de moins en moins formels. Par le passé, on écrivait des lettres avec des formules de politesse bien plus développées qu’aujourd’hui. Avec internet, on tutoie même très rapidement des gens avec qui on n’a jamais parlé. Ce sont des liens faibles, peu fréquents, mais on sait qu’un jour on pourra leur demander un service ou des informations. Les liens forts réunissent des gens similaires. Le lien faible nous permet de sortir de nos communautés. Pour la recherche d’emploi, un lien faible est plus efficace qu’un lien fort. C’est pareil pour mobiliser des personnes pour une manifestation.

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