Yvon Merliere, directeur général du CREDOC (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) revient sur le succès du e-commerce. En avril dernier, il publiait avec l’Institut Français de la Mode, un rapport sur les soldes et promotions pratiqués sur le web.

Le nombre de sites internet en infraction est seulement de 4 %. DR
Quels sont les derniers chiffres du e-commerce ?
Yvon Merlier : Le e-commerce est en plein développement. Il mesure actuellement 31 milliards d’euros en France et son chiffre d’affaires a été augmenté par quatre en 5 ans. Aujourd’hui, plus de la moitié des Français achète sur internet. Le dernier chiffre est de 58 % pour près de 90 000 sites au total.
Les internautes perçoivent internet comme le meilleur endroit pour faire de bonnes affaires. Ont-ils raison ?
Yvon Merlier : C’est là que l’on trouve les prix les plus bas. L’impact du e-commerce sur l’indice des prix à la consommation est d’ailleurs négatif. Son effet est de - 0,2 % par ans. Par ailleurs, les internautes trouvent des produits moins chers que dans le commerce classique. L’IFM a mesuré que les internautes achètent des vêtements pour homme à un prix inférieur de 11 % en moyenne (moins 7 % pour les femmes).
Votre étude remet en cause certaines pratiques du web. Quelles sont-elles ?
Yvon Merlier : Les illégalités les plus marquantes concernent le prix de référence. Pour toute promotion, le vendeur doit indiquer le prix initial. Ce n’est pas toujours le cas sur internet. Autre illégalité, l’affichage de baisses de prix intempestives. Il existe des annonces « jusqu’à moins 90 % ». C’est erroné, car il faut qu’au moins 50 % des produits soient concernés. On peut également parler de ventes privées illégales si la liste des clients n’est pas fixe.
Comment expliquer ces illégalités ?
Yvon Merlier : Dans toute activité règlementée, il y a des écarts. D’une part, les nouveaux sites ne connaissent pas nécessairement la règlementation. Il y a eu l’an passé 17 000 sites créés. D’autre part, comme la rentabilité est faible, les responsables des sites sont tentés d’être borderline. Il faut signaler que le nombre de sites en infraction est seulement de 4 %.
À la suite de votre étude, Frederic Lefebvre a décidé de réglementer le e-commerce…
Yvon Merlier : L’idée est d’éviter que les contournements ne soient trop importants. Il ne souhaite pas que le e-commerce ait une mauvaise image de marque. Sur internet, les internautes mécontents diffusent l’information très rapidement. La confiance dans le e-commerce peut vite être dégradée.
Le secrétaire d’État au commerce et à la consommation a aussi instauré une date unique nationale des soldes pour les sites internet…
Yvon Merlier : C’est une demande des professionnels. Si certains sites commencent les soldes avant les autres, car leurs sièges sociaux sont implantés dans une région différente, il y a une concurrence déloyale. Il était préférable d’avoir une seule date pour tout le monde, car devant son ordinateur l’internaute a accès à toutes les offres en même temps.
Il existe également un projet de directive « Droits des consommateurs de l’Union européenne ». Que dit-il ?
Yvon Merlier : Le projet va vers une prolongation du délai de rétractation. Pour le moment, ce délai est de 7 jours en France et de 14 jours en Allemagne. La directive veut l’augmenter à 28 jours. Les professionnels y sont opposés, car ce n’est pas une demande des internautes. La commission doit encore donner son aval.
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