Philippe Claudel : « internet : une autopsie du vivant ! »

Article publié sur Tous Les Clics le 14 mars 2011

Écrivain et réalisateur, Philippe Claudel multiplie les paradoxes. Amoureux des nouvelles technologies, il se montre très hostile vis-à-vis du web.

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Philippe Claudel : " Je n'ai ni site internet, ni page Facebook." DR

Quel est votre rapport aux nouvelles technologies ?
Je suis à l’affût des dernières nouveautés. J’ai été l’un des premiers à avoir un ordinateur portable. Il y a quelques années, on m’a offert une petite caméra HD. Je m’en sers beaucoup sur mes repérages et mes castings. Cela ne m’empêche pas d’avoir repris la photo argentique. Je voulais retrouver un rapport à l’image qui ne soit pas de l’instantanée.

Qu’en est-il du téléphone ?
On en a tous un dans notre poche ! Potentiellement, tout le monde peut faire des images et les diffuser au monde entier. C’est une grande révolution depuis une vingtaine d’années. Quand je faisais des courts métrages, il me fallait une pellicule, une caméra et surtout un espace de diffusion, très rare à l’époque. Maintenant, si un petit génie fait son film sur un mobile et le met en ligne, tout le monde peut le découvrir dans la journée. C’est vertigineux.

Vous êtes donc un utilisateur du net…
Je suis quelqu’un qui se protège par rapport à cela. J’ai un grand besoin d’intimité et de secret. Je n’aime pas me montrer. Je n’ai donc ni site internet, ni page Facebook. Tout cela me fait peur. Je n’aime pas trop cette autopsie du vivant. N’importe qui peut savoir ce que vous faites, avec qui et pourquoi. Cela ne pose pas de problèmes dans un pays démocratique, mais imaginons que le régime politique change. Internet représente une mine d’informations extraordinaires pour un état fasciste.

Pour ou contre le livre numérique ?
Je ne suis ni pour ni contre. Le livre électronique est quelque chose de génial qui va alléger les cartables. D’un autre côté, je suis un tel amoureux du livre papier, que je ne me vois pas découvrir un roman avec un autre support. Le livre physique est résistant à l’eau, quasi incassable, ne pollue pas, il n’a aucune raison de disparaître.